Du 2 au 8 mars 2026 se tient la Semaine nationale de la protection juridique des majeurs, organisée par la Fédération nationale des associations tutélaires (FNAT), l’Union Nationale des Associations Familiales (UNAF) et l’Union Nationale des Associations de Parents d’Enfants Inadaptés (UNAPEI). Cet événement vise à mettre en lumière les personnes bénéficiant d’une mesure de protection, les professionnels qui les accompagnent au quotidien et les réalités souvent méconnues de ce secteur indispensable à la solidarité nationale.
À cette occasion, l’APAJH04 présente le travail de son service MJPM de Château-Arnoux à travers une série de témoignages: un entretien croisé entre trois assistantes tutélaires, une interview d’un mandataire judiciaire et le regard d’une personne protégée viennent illustrer concrètement la réalité de terrain.
Ces échanges mettent en évidence une mission profondément humaine, fondée sur l’écoute, le respect des droits et la recherche d’un équilibre entre protection et autonomie.
Lien direct vers les interviews :
Interview croisé avec 3 assistantes tutélaires : un métier au cœur de la protection juridique des majeurs
Mmes Magali Rouge, assistante tutélaire depuis 7 ans, Sylvie Le Roux, assistante tutélaire depuis 3 ans, et Stéphanie Blanc, assistante tutélaire depuis 5 ans (anciennement mandataire), nous ouvrent les portes de leur quotidien et racontent un métier souvent méconnu mais essentiel.
Ce portrait montre un métier exigeant mais profondément humain, où la confiance, l’entraide et la capacité à agir concrètement sur la vie des personnes protégées sont au cœur de chaque journée.
Pouvez-vous expliquer votre parcours avant d’intégrer le service MJPM de l’APAJH04 ?
Magali : J’ai travaillé dans le secteur des assurances avant de travailler à l’APAJH04. J’ai découvert par hasard ce métier et j’ai postulé sans savoir exactement ce que ça impliquait.
Stéphanie : Moi, j’ai commencé comme mandataire judiciaire, motivée par la certitude d’être utile dans des situations souvent dégradées financièrement et socialement. Après 20 ans comme mandataire, j’ai voulu évoluer vers un poste d’assistante pour réduire la pression tout en gardant le cœur du métier.
Sylvie : J’avais une vision complètement extérieure au secteur. Quand je suis arrivée il y a quatre ans pour une mission administrative liée à la GED, je me disais que je ne pourrai jamais faire ce métier tellement la charge administrative était volumineuse. Mais petit à petit, mes missions ont été élargie et j’ai pris les tâches une par une.
Quelles sont vos missions principales en tant qu’assistante tutélaire ?
Magali : Chacune de nous a des tâches définies, même si le standard téléphonique est partagé entre toutes les 3. Je gère les relations bancaires, les assurances hors santé, la gestion du logement et les assurances associées.
Sylvie : Je m’occupe des ouvertures et fermetures de mesures, de la partie assurance santé et de la veille des droits sociaux et financiers.
Stéphanie : Je complète l’équipe avec le soutien comptable et je veille aux ressources comme les retraites complémentaires, les droits sociaux, et les comptes rendus de gestion (CRG).
Notre mission principale est d’assurer le suivi administratif, financier et social des majeurs protégés. Nous soutenons les mandataires judiciaires et veillons à détecter les anomalies, comme des droits ou allocations non versés.
Pouvez-vous décrire votre relation de travail entre assistantes tutélaires ?
Sylvie : La cohésion repose sur la confiance. On ne peut pas travailler seul ici. La confiance se construit avec le temps et la constance de chacun.
Magali : On est complémentaires. Chacune peut se substituer à l’autre pour assurer la continuité du service, notamment quand il y a des absences ou des périodes de surcharge.
Stéphanie : On veille aussi à alléger le travail des mandataires. Par exemple, s’il manque une pièce à un dossier, nous préparons tout pour que le mandataire puisse facilement valider.
Magali : La tenue du standard téléphonique toute la journée est une grosse charge de travail. Nous recevons environ une centaine d’appels par jour. Mais c’est grâce à cette disponibilité continue que nous avons gagné la confiance des majeurs protégés et des partenaires et que le service a pu se développer.
Comment s’organise vos missions en lien avec les mandataires judiciaires ?
Sylvie : Chaque assistante est associée aux dossiers d’un mandataire judiciaire, mais nous avons les connaissances globales de tous les dossiers en cas de besoin de remplacement pour assurer la continuité du service.
Stéphanie : A mon poste, je suis moins en contact direct avec les mandataires, car je gère surtout les CRG et le soutien administratif, mais nous sommes toutes informées et impliquées.
Magali : Les réunions d’équipe du lundi permettent de faire le point sur les dossiers complexes et de se coordonner, surtout quand il y a des absences.
Quelles qualités sont nécessaires pour exercer le métier d’assistante tutélaire ?
Sylvie: Rigueur, organisation, connaissance des systèmes sociaux et des partenaires, et capacité à communiquer. Le rythme de travail est très dense et les situations souvent complexes, il faut savoir gérer la pression. Les personnes protégées nous reconnaissent au téléphone, parfois nous appel par notre prénom après plusieurs années. Beaucoup appellent juste pour parler, car elles sont très isolées.
Magali: Patience et self-control sont essentiels, surtout avec des personnes âgées, parfois malades ou très isolées qui appellent plusieurs fois par jour pour les mêmes questions. La discrétion est fondamentale. Nous devons faire preuve d’empathie et de patience tout en maintenant une distance professionnelle avec les majeurs protégés.
Stéphanie : Il faut aussi savoir dire non, s’adapter aux imprévus et avoir de l’expérience professionnelle. Pour ce métier, l’apprentissage sur le terrain est indispensable.
Comment gérez-vous le rythme et la pression chaque jour ? Arrivez-vous à déconnectez après le travail ?
Magali : J’aime être sous pression. Chaque journée est différente, avec des tâches répétitives mais toujours de nouveaux imprévus. Par contre, je ne prends jamais le travail chez moi. Quand je ferme la porte du bureau, c’est terminé.
Sylvie : Il faut accepter qu’on ne réalise souvent que 10 % de ce qu’on avait prévu le matin. L’organisation et la capacité à rebondir sont cruciales. Pour moi, la déconnexion une fois la journée terminée est plus délicate, cela dépend des situations difficiles entendues, mais cela motive également à revenir le lendemain car notre travail est utile.
Stéphanie : L’entraide est indispensable. Nous communiquons énormément en équipe pour choisir ensemble les actions à mettre en œuvre pour chaque personne accompagnée. Depuis que je ne suis plus mandataire judiciaire mais assistante tutélaire je prends plus de recul.
Ce métier a-t-il changé votre regard sur la société ?
Magali : Complètement. Avant, j’adhérais aux aprioris classiques de la société. Maintenant, je comprends que dernières chaque situation il y a un parcours de vie parfois difficile.
Sylvie : J’ai été marquée par la “méchanceté des gens”, les spoliations, les abus, qui révèlent une réalité sociale difficile.
Stéphanie : Ayant déjà travaillé dans le social, j’ai affiné mon regard plus critique sur la « normalité » et la diversité des parcours.
Qu’est-ce qui vous motive le plus dans vos missions ?
A l’unanimité : Les levées de mesure, rares mais gratifiantes, et le redressement concret des situations : voir quelqu’un retrouver ses droits, ses revenus, sa dignité. Pouvoir agir concrètement et positivement sur la vie des personnes, et constater leur progression, est extrêmement valorisant.
Si vous deviez résumer votre métier en deux mots ?
Sylvie : Diversité – Intensité.
Stéphanie : Patience – Organisation.
Magali : Confiance – Bientraitance.
Quelle idée reçue sur votre métier aimeriez-vous déconstruire ?
A l’unanimité : Les médias traitent souvent des situations négatives illustrant des abus dans notre secteur mais il y a également de très belles réussites dont on ne parle pas. Les belles histoires existent aussi et montrent l’impact positif de notre travail.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune intéressé par ce métier ?
Magali : Avoir déjà travaillé ailleurs, développer le sens de l’adaptation et de l’organisation, et tester le métier en stage pour se rendre compte de la réalité du terrain.
Stéphanie : Une maturité intellectuelle, de bonnes connaissances du milieu social, et une aisance téléphonique sont indispensables.
Sylvie : Il faut accepter la pression, le rythme soutenu et savoir dire non quand c’est nécessaire.
Interview de Vincent GHISLAIN, mandataire judiciaire.
Mr Vincent GHISLAIN, mandataire judiciaire depuis 2021 et professionnel du SMJPM de l’APAJH04 depuis 2 ans.
Pouvez-vous vous présenter et expliquer comment vous êtes arrivé dans le métier de mandataire judiciaire ?
J’étais éducateur spécialisé en établissement d’accueil pour personnes handicapées depuis quelques années et je côtoyais régulièrement des mandataires judiciaires, mais sans connaître en détail leurs missions.
À force de rencontres et d’échanges avec ces professionnels, j’ai pu découvrir davantage ce métier et faire tomber les barrières des préjugés. L’arrivée de la pandémie du Covid-19 m’a permis une remise en question d’ordre professionnel et j’ai profité de l’occasion pour me former au métier au travers du CNC mandataire judiciaire à la protection des majeurs durant toute l’année 2021.
Certificat que j’ai donc obtenu en décembre de la même année.
J’ai exercé en 2022 dans le Nord de la France avant d’arriver dans les Alpes-de-Haute-provence en 2023.
Pouvez-vous présenter votre rôle de mandataire judiciaire à la protection des majeurs ?
Le mandataire judiciaire a pour rôle de protéger les personnes vulnérables. D’assister ou de représenter ceux-ci dans la défense de leurs intérêts. Notamment au travers d’un accompagnement dans la gestion administrative et patrimoniale.
Quelle est la différence entre votre fonction et celle des assistantes tutélaires ?
Je dirais principalement le fait que le mandataire a un pouvoir décisionnaire, notamment sur la gestion budgétaire ou patrimoniale.
Pourquoi le travail des assistantes est-il indispensable dans un service SMJPM ?
Elles sont, du fait de ces échanges réguliers, un appui essentiel pour la construction du relationnel avec les majeurs protégés, les familles ou partenaires ainsi que dans l’élaboration du volet administratif.
Pouvez-vous donner un exemple concret de coopération réussie ?
Les plannings de visites ou consignes qui permettent aux assistantes de répondre aux attentes et besoins de la personne même en cas d’absence du mandataire.
La création d’alertes dans le logiciel de métier pour les dates limites de renouvellement de droits.
Comment s’organise votre travail avec les assistantes tutélaires du service ? En quoi leur travail facilite-t-il le vôtre ?
Idéalement, l’on se prévoit un point hebdomadaire ou ponctuel pour faire le tour des dossiers en cours ou regrouper toutes les informations nécessaires à la réalisation des tâches à venir. Chacune des assistantes ayant un pôle d’activité qui lui est spécifique, ces mises au point en équipe réduite facilitent et fluidifient d’autant plus le travail pour chacune des parties.
Afficher son planning de rendez-vous permet également aux assistantes de renseigner plus efficacement, d’apporter une réponse plus ciblée aux personnes cherchant à nous joindre.
La prise de notes et de messages en notre absence permet de partir en visites à domicile sereinement en sachant qu’il y aura une bonne fluidité et réactivité en cas d’urgence lors de notre absence du bureau. Cela permet également de rassurer les majeurs protégés ou leurs familles.
Par ailleurs les assistantes ont une bonne connaissance de chacun des dossiers et sont une source d’informations importante pour la réalisation de notre travail au quotidien et de nos rapports de situation.
Qu’est-ce qui vous motive le plus dans votre travail ?
La grande diversité de partenaires et de profils de personnes protégées rencontrée ainsi que la complexité de ce métier qui reste en évolution constante et dans lequel aucune journée ne se ressemble.
Comment prenez-vous des décisions difficiles qui concernent la vie ou le patrimoine d’une personne protégée ?
Nous avons des mandats précis nous donnant la possibilité ou non de réaliser certains actes seul ou avec le majeur protégé ou sur avis du juge.
Dans tous les cas, la première étape importante étant toujours de présenter clairement le projet à la personne protégée et d’avoir son accord.
En cas de conflit d’intérêt ou de désaccord, il est toujours possible de se référer au tribunal pour avis sur la décision finale. En gardant à l’esprit qu’il s’agit toujours d’agir dans l’intérêt de la personne protégée.
Quel est l’enjeu principal de la protection juridique aujourd’hui ?
Prévenir les atteintes aux droits civils, patrimoniaux et personnels des majeurs protégés.
Il faut garder à l’esprit que la mesure de protection a pour finalité l’intérêt de la personne et son inclusion dans le droit commun.
Comment garantir un accompagnement respectueux de la personne et de ses droits ?
La personne protégée est au centre de sa mesure, il en est donc le principal acteur. Il faut l’écouter mais aussi pouvoir respecter son rythme, son souhait et son intérêt premier. Nous avons notamment élaboré une charte de bientraitance spécifique à notre service pour illustrer ces valeurs au sein du service mandataire.
Quel message souhaiteriez-vous faire passer sur la réalité de votre métier ?
C’est un métier difficile et encore assez méconnu du grand public, qui souffre de beaucoup de clichés ou stéréotypes issus du passé, mais par ailleurs en constante évolution, très enrichissant, épanouissant et dans lequel on ne s’ennuie jamais.
Interview de Mr Pierre MELANI, majeur protégé depuis 5 ans.
Mr MELANI Pierre, ouvrier en ESAT de 58 ans, locataire à Saint-Auban, est accompagné par le SMJPM de l’APAJH04 sous curatelle renforcée depuis 2021.
Monsieur MELANI, depuis combien de temps êtes-vous sous mesure de protection ?
J’étais sous curatelle de ma sœur avant d’être sous curatelle de l’APAJH04 depuis 6 ans.
Savez-vous qui avait demandé cette mesure pour vous et pourquoi ?
Au départ c’était moi pour économiser de l’argent et gérer mon patrimoine, parce que je dépensais sans doute trop ! Il fallait donc me gérer correctement, l’argent partait dans tous les sens ! Si on gagne 1000€ et qu’on en dépense 2000, ça va pas.
Comment avez-vous découvert l’existence des mesures de protection ?
C’était ma première compagne qui m’en a parlé.
Comment avez-vous vécu la mise en place de la curatelle ?
Ça a été dur de se faire gérer pour les dépenses !
Comment décrivez-vous votre relation avec le service mandataire de l’APAJH04 ?
Déjà la mesure est exercée par l’APAJH04, alors ça m’a enlevé des conflits familiaux, j’ai une très bonne relation avec le service mandataire, quand on a besoin, on demande et c’est bien géré !
La première année, il a fallu s’y faire et maintenant je me suis habitué et ça va mieux, le courant passe.
Selon vous, de quelle manière la mesure vous protège ?
Il y a une sécurité, on vit dans un monde où on a besoin de sécurité, la mesure me rassure, des fois je reçois des pubs ou des sollicitations pour me vendre des choses sur mon portable et la curatelle me protège, me conseille, quand j’appelle au service il y a toujours quelqu’un qui me conseille même si mon mandataire n’est pas là, on se sent en sécurité.
Qu’attendez-vous de votre mandataire ?
Qu’il soit à l’écoute : si j’ai un projet, je lui soumets et il voit si c’est viable ou pas.
J’ai eu le projet d’acheter une voiture sans permis, c’était très important pour moi. Dès que ça a été possible, j’ai pu l’acheter en 2022, ma mandataire m’a conseillé d’aller me renseigner au garage AIXAM à Manosque, j’ai donné le devis à ma mandataire et on a fait les démarches ensemble.
Si demain vous deviez parler autour de vous de votre mesure de protection, que diriez-vous ?
D’aller à l’APAJH04, c’est très bien !!
Et puis si on a un projet de vie et qu’on est en difficulté, la mesure nous aide.
Qu’est-ce qui est le plus contraignant pour vous dans la mesure ?
C’est peut-être des fois de demander de l’argent supplémentaire en plus de l’argent hebdomadaire.
Est-ce que vous avez envisagé que la mesure de curatelle renforcée puisse s’arrêter ?
Pour le moment, je ne l’ai pas envisagé du tout, pour tout vous dire j’y ai quand même un peu pensé car un jour je serais peut-être prêt mais il faudra que je prépare ça avec mon mandataire.
Quand ça arrivera, je me gèrerai à l’ancienne, je ferai un tableau avec les débits et les crédits !
Est-ce que ça vous fait peur ?
Un peu mais pas trop car l’APAJH04 me laisse beaucoup d’autonomie dans mes démarches mais je ne suis pas encore prêt ! Il faut vouloir être prêt ! La mesure me rassure tellement, c’est ma rambarde de sécurité ! C’est mon filet !